L'église des 17e et 18e siècles

L’église des XVII° - XVIII° siècles

 

La nouvelle église, qui servit de lieu de culte jusqu'en 1785, est celle dont nous voyons encore les vestiges.

 

 

Environs de Montfaucon à la fin du XVIIIe siècle

 

Sise à l’entrée du bourg, elle occupait un petit promontoire qui dominait le cimetière d’une dizaine de mètres et qui limitait toute extension, si bien qu’elle se trouvait en partie enterrée, du côté méridional. Tous les rapports insistent sur ses dimensions restreintes : elle mesurait 45 pieds de long sur 26 de large et 12 de haut (soit environ 15m,  8,5 m et 4 m), sans compter une petite sacristie accolée à sa façade orientale.

Son plan ne pouvait pas être plus simple : elle épousait la forme d’un rectangle irrégulier, aux murs d’épaisseur variable suivant les côtés. Elle comprenait une seule nef orientée nord-est, avec un sanctuaire à chevet plat. Le chœur était très légèrement surélevé et fermé par une simple table de communion, tandis qu’une allée centrale divisait la nef en deux parties.

 

 

Vue aérienne

 

 

Modeste par ses dimensions, elle l'était aussi par son architecture : au lieu d'être couverte de voûtes comme la plupart des églises, elle présentait un plafond en bois à la capucine, surmonté d'un toit de laves (pierres plates) et de bardeaux qui n'assuraient pas une bonne étanchéité et qui furent remplacées par de la tuile après 1760. L’éclairage intérieur était assuré au départ par 4 fenêtres si petites qu’un texte de 1700 les compare à des canonnières ; on les restaura alors dans leur forme actuelle de simples baies voûtées de plein cintre : trois sur la façade donnant sur le cimetière, une seule sur l'autre façade. Au-dessus de la porte d'entrée abritée par un auvent, une lucarne en œil-de-bœuf complétait cet éclairage. Quant à la sacristie accessible par une porte extérieure, elle manquait de lumière si bien qu’une lucarne y fut aménagée vers 1760.

 

 

En planches de sapin jusqu’au milieu du siècle, le sol fut ensuite refait avec des dalles de pierre, tandis que les murs ne comportaient aucun décor, sinon un simple enduit blanc à la chaux. A l’extérieur un toit à deux pans aggravait la banalité de l’édifice que n’agrémentait qu’un petit clocheton en bois placé au-dessus du chœur, sans horloge et abritant une seule cloche 

Par son emplacement, son architecture et sa structure, cette église suscite beaucoup de commentaires critiques : accès peu pratique, place limitée pour les paroissiens, murs pourris par les infiltrations, etc. Des calculs établissent que, compte tenu de la place occupée par le chœur, la chaire, les fonts baptismaux et le confessionnal, elle ne peut pas contenir plus de 100 personnes, alors qu’il faudrait au moins 150 places!

 

La construction de la nouvelle église (1741-1785)

 

Le retour de la prospérité économique en Franche-Comté à partir des premières décennies du XVIIIe siècle permet aux communautés rurales de programmer d’importants travaux d’urbanisme en bénéficiant du financement exceptionnel de la vente du quart de réserve. Beaucoup de paroisses de la région profitent de ces aubaines pour construire de nouvelles églises, des fontaines, des ponts ou des maisons d’école, comme cela se fait à Saône, Gennes, Mamirolle, Chalèze, Fontain. Montfaucon n’échappe pas à cet engouement, encouragé par la hiérarchie ecclésiastique pour laquelle la décence des lieux de culte conditionne la ferveur religieuse.

En mai 1741, lors de sa visite pastorale à l’église du bourg, l’archevêque de Besançon, Pierre-Antoine de Grammont, dénonce le mauvais état du bâtiment et invite la communauté soit à le restaurer, soit à en construire un nouveau, sous peine de fermeture de l’édifice.

Dès lors et durant plus de trente ans, les habitants de Montfaucon se lancent dans une querelle épique à propos de leur église. Ils sont divisés non sur la nature et le mon­tant des travaux, mais sur la conception même du projet : convient-il simple­ment de réparer celle qui existe ou d’en construire une nouvelle ? Mais en quel lieu ?

 

Le dilemme prend toute son importance quand on sait que la population est alors répartie en trois hameaux très inégaux, nettement séparés les uns des autres et que deux se disputent l’implantation de l’église :

 

 

- Le bourg ancien, dit Montfaucon-le-Château ou le Bourg, situé au pied de l’ancien château alors en ruines et constituant le noyau primitif du village ; c’est là que se trouve en 174l l’église pa­rois­siale, dont on voit encore les vestiges de nos jours et dont la création remontait à l311 ; au milieu du XVIIIe siècle, le bourg se mourait et ne comptait plus qu’une demi douzaine de familles.

- L’actuel village, dont les premières maisons apparaissent seulement au début du XVIe siècle et qui s’appelait Montfaucon-les-Granges ; au cours des XVIIe et XVIIIe siècles, il n’a cessé de se développer au détriment du bourg, attirant les nouvelles constructions et pre­nant une importance croissante par son nombre d’habitants (près de 25 familles).

- Enfin deux fermes isolées sises à l’emplacement de la Pérouse ou Machotte, le long de l’ancien chemin de Saône.

 

Ces trois hameaux forment la communauté paroissiale de Montfaucon, à laquelle ne semble pas apparte­nir La Malate, qui n’est presque pas peuplée et qui, comme les trois précédents, relève toutefois au plan politique et administratif de la seigneurie de Montfaucon ; ce n’est que sous la Révolution, avec la création des Communes, que se constituera le terri­toire communal actuel.

 

La présence de l’église paroissiale est un atout majeur dans la vie des villages, puisque elle concentre la pratique religieuse qui concerne alors tous les habitants et qui doit se dérouler obligatoirement dans le cadre de la paroisse. Pour sauver leur hameau du déclin, les habitants du bourg demandent de garder sur place l’église qui existe et qui est l’église primi­tive et paroissiale de Montfaucon et de se contenter d’une restauration, tandis que ceux des Granges, les plus nombreux, veulent la transférer au centre de l’actuel village (emplacement de l’église actuelle) et donc en construire une nouvelle.

 

 

Comme le problème heurte des intérêts contradictoires, s’engagent d’interminables con­tes­tations et démarches qui dégénèrent bien vite en règlements de comptes et qui vont durer jusqu’à l’édification de l’actuelle église en 1785. Les uns et les autres n’hésitent pas à s’engager dans des procédures judiciaires, à multiplier les rapports et les expertises, à faire appel des décisions qui les désavantagent, à mobiliser toutes les autorités de tutelle, religieuses et civiles : doyens ruraux, archevêque de Besançon, Grand Maître des Eaux et Forêts, Intendant de Besançon et ses délégués, enfin le roi Louis XV lui-même par le biais de son Conseil d’État

 

Le 2 Mars 1773, le Roi Louis XV , ordonne la construction de l'église aux Granges.

 

Voici les principales décisions royales qui imposent :

- la construction d'une église neuve à Montfaucon-les-Granges

- l’achat d’une lmaison pour servir de presbytère ou la construction d’un nouveau local, selon l’avis d’experts,

- la révision des plans et devis déjà dressés

- la vente aux enchères de l’actuel presbytère avec sa grange, son écurie et le jardin qui en dépendent, des matériaux de la vieille église et du sol du cimetière.

- Un logement du maître d’école.

- Une enquête sur les fontaines publiques existantes ou à prévoir.

- L’intendant et le grand maître des Eaux et forêts de Besançon sont chargés de veiller à l’application de cet arrêt.

- Les habitants du Château, qui depuis fort longtemps refusaient de se présenter aux convocations des autorités et de signer les procès-verbaux, devront se soumettre à cet arrêté.

 

 

Les bois du quart de réserve sont vendus avec autorisation du Roi Louis XV pour 30 800 £ qui devraient théoriquement faire face aux frais de la construction estimés à 22 129 £, auxquels il faut ajouter la construction du presbytère, de la maison d'école et des fontaines pour 7 981 £.

 

Le 26 Juin 1775 ont lieu la bénédiction et la pose de la première pierre.

 

 

Les matériaux nécessaires à la construction sont prélevés dans la carrière "au champ de Nappart" pour la pierre, le sable est tiré au lieu dit "les Sablonnières" à l'entrée du chemin des Jonquilles, et la chaux provient des fours à chaux, situés dans la rue du même nom.

 

Les travaux vont durer jusqu’en 1785 !

 

 

Les entrepreneurs paraissent débordés, parce qu’ils ont soumissionné d’autres gros travaux et la communauté de Montfaucon règle ses factures toujours avec beaucoup de retard et avec de plus en plus de difficultés Elle cherche à réduire les prestations prévues, en récupérant les matériaux et les dalles de l'ancienne chapelle et également en confiant aux habitants le transport de 1200 charrois de pierre.

 

Le 2 février  1785 a lieu une première inauguration : la bénédiction d'une nouvelle cloche fondue en 1779 et suspendue dans le clocher depuis le 20 novembre 1780. . Cette cloche qui carillonne toujours  au clocher, a 1,10 m de diamètre à sa base porte au-dessus d’un Christ en croix une inscription latine dont voici la traduction : « Au Dieu très grand et à la Vierge, mère de Dieu, patronne de l’église paroissiale, les habitants de Montfaucon l’ont [cette cloche] dédiée, l’an du Christ 1779, la sixième année de la translation de cette église qui se troulution auparavant au château depuis cinq siècles.

 

Enfin le 10 mars 1785, ont lieu la prise de possession et la bénédiction de cette nouvelle église.

 

Conformément au décret de l’archevêque, l’ancienne église désaffectée du Bourg et son presbytère furent vendus au plus offrant [1], afin d’employer la somme au financement des travaux : l’adjudication eut lieu le 1er juin 1789, au profit  d’Antoine Michel le Vieux, cultivateur demeurant au Bourg et le seul soumissionnaire, pour 2 000

 

Une vingtaine d’années se passent avant que ne soit posé l’éternel problème de l’entretien du bâtiment, en particulier la lutte contre une humidité tenace qui ronge les murs, dont celui de la façade occidentale. Lenteur administrative ou faute de moyens financiers ? Bref, les travaux d'amélioration sollicités en 1790 ne sont exécutés qu'en 1826 avec la pose d’une tallevanne sur le côté oriental, remplacée partiellement en 1849 et supprimée en 1970 ; pour éviter que le vent et la pluie ne s’engouffrent toujours par la porte d’entrée, l’on construit un porche en forme de péristyle  soutenu par quatre colonnes doriques, ce qui oblige à obstruer la grande baie qui surmontait la porte. Enfin, le clocher est équipé de volets pour empêcher la pénétration des rafales de pluie à l’intérieur.

Récapitulatif des travaux depuis 1785

Voici la chronologie des travaux effectués dans l’église et ses abords depuis 1785

1790 : rejointoiement de la façade occidentale

1825 : pose d’une tallevanne en tavaillons sur la façade occidentale (supprimée en 1974)

1826 : construction du péristyle ou avant porche, avec colmatage de la baie

1847 : croix de mission réalisée par les fabricants Gaudillot et Roy, de la Butte, de Besançon et placée à proximité de l’église

1853 : boiseries sur les murs des nefs latérales

1858 : exécution de peintures en faux marbres sur les colonnes (enlevées en 1954)

1864 : érection d’une statue de la Vierge, rue de la Vierge, par le fondeur Pierre-Louis Saint-Eve, de Besançon, sous la direction de l’architecte Percerot. Inscriptions sur trois faces du socle :

     « Inaugurée sous le pontificat de Pie IX et le règne de Napoléon III, sous la direction de Messieurs Pougnet, curé, et de Jeannot, maire, Tisserand, adjoint et du conseil municipal ».

« Ave Maria. 40 jours d’indulgence. Amour et reconnaissance de tous les habitants de Montfaucon à la Vierge Immaculée, 1864 ».

« Ayez confiance. Quand même une mère oublierait son enfant, moi je ne vous oublierait (sic) jamais ».

1869 : pose d’une nouvelle cloche sous le mandat du maire J.-Fr. Jeannot. Parrains : Jean-Baptiste Fallenot ; marraine : Anne-Jeanne-Pierre Fallenot.

1876-77 : transfert du cimetière

1920-21 : monument aux Morts placé d’abord au cimetière puis transférée ne 1921 sur l’esplanade devant l’église

1937-1942 : Croix de mission de Morre-Montfaucon, dressée au-dessus de la falaise dominant Morre

1954 décapage des colonnes (jusque-là en faux marbre) et pilastres par l’abbé Chopard avec l’aide de quelques séminaristes et de bonnes volontés du village

1963 : électrification de la sonnerie des cloches

1972 : réfection intérieure de l’église

1974 : pose d’un nouveau coq sur le clocher et installation d’une horloge sur la façade

1976 : réfection de la couverture de la nef

    Installation d’un chauffage avec petit bâtiment extérieur sur le flanc septentrional

1977 : réfection de l’intérieur de l’église

1986 : réfection du péristyle avec  ouverture d’une baie une baie circulaire en façade

1985, 10 mars : commémoration du bicentenaire de la construction de l’église.

1987 : réfection de la toiture du clocher en tuiles vernissées

1989 : installation d’un sass d’entrée

1998 : toile de Philippe Galland pour l’autel de la nef latérale de gauche

2004 : autel et ambon du maître-verrier  Paraut

2009 : inscription de l’église à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques

 


[1]. Archives départementales du Doubs, 1 C 2525

 

 

Eglise du bourg - 1991

 

 

Eglise du bourg - 1993

 

 

Eglise du bourg - 2013

 

 



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