Du bourg au village

A Montfaucon l'ensemble castral était complété par un village fortifié qui s'étendait autour et surtout en avant de la butte, à l'extrémité orientale de l'éperon. En effet, les châteaux les plus importants ont très souvent servi d'ancrage à la population, c'est-à-dire qu'à leurs pieds se sont créés spontanément ou par la volonté du seigneur, des villages qui ont été bien vite intégrés dans le système défensif par une enceinte de protection et auxquels on a donné le nom de bourgs. Là vivait une population de paysans qui approvisionnaient les gens du château et qui constituaient un réservoir de main-d'œuvre à portée de main du maître, pour ses corvées incessantes ; en outre, le rempart du bourg formait souvent une première barrière défensive qui renforçait la sécurité de la butte castrale et à l'intérieur de laquelle les gens du voisinage trouvaient refuge en cas d'hostilités. Par leur situation géographique ou par les services qu'ils ont pu rendre au plan économique (succès des foires ou marchés), certains bourgs ont pris un tel développement qu'ils ont donné naissance à de petites agglomérations, puis à des villes, comme Arbois, Poligny, Vesoul, Gray, Montbéliard... La plupart du temps, ils n'ont débouché que sur des villages de plus ou moins grande importance.

La création du bourg

L'existence d'un bourg à Montfaucon est attestée à la fin du XIIIe siècle, mais elle remonte probablement à plusieurs décennies ; elle confirme l'ambition des seigneurs de faire de leur château éponyme un modèle et une réussite économique. Il s'agit d'une véritable création puisque n'existait pas de village de ce nom, mais vu la situation des lieux, l'opération ne fut sans doute pas très facile, car elle nécessita un aménagement de l'espace, la construction d'une vaste enceinte périphérique, ainsi que l'établissement d'un chemin conduisant à Besançon par La Malate et probablement d'autres voies, menant au Vieux Montfaucon et au plateau où se trouvaient les espaces cultivables. L'importance stratégique du bourg se déduit de l'ampleur de ses remparts dont on suit actuellement les vestiges. A ses débuts le bourg de Montfaucon est resté tributaire de la paroisse de Chalèze. Mais un bourg digne de ce nom, surtout lorsqu'il s'identifiait à un tel lignage, se devait d'être entièrement autonome, de disposer d'une église paroissiale.

 

 

Jean de Montbéliard, seigneur de Montfaucon, saisit l'opportunité qui se présenta en 1311, quand Hugues de Chalon-Arlay occupa le siège archiépiscopal de Besançon : issu d'une grande famille princière alliée au Montfaucon et ouverte aux problèmes féodaux, le prélat ne pouvait que répondre favorablement aux vœux de son parent et ami, qui obtint de lui, cette même année, l'acte de création d'une église paroissiale dans le bourg, église distincte de la chapelle castrale qui existait sur la butte et qui était réservée au seul usage de la famille seigneuriale. Ce sanctuaire privé est mentionné en 1415lors de la nomination d’un nouveau curé qui la desservira en même temps que l’église paroissiale.

Le déclin du château et sa ruine

Un changement important intervient à la fin du Moyen Age, tant en ce qui concerne le bourg que le château : un déclin inexorable qui conduit à l’abandon du château et au transfert progressif de la population à l’emplacement du village actuel. Le glas a sans doute commencé à sonner avec l’intégration de la seigneurie dans le temporel des Chalon-Arlay : ceux-ci étaient déjà bien implantés à Besançon et dans ses environs, en particulier à Arguel, ce qui enlevait à Montfaucon une partie de ses fonctions défensives. En outre, la cité bisontine, déjà protégée au XIIIe siècle par des remparts, n’a cessé de renforcer ses défenses et de mettre sur pied une véritable garnison qui assure sa sécurité, sans compter sur les forteresses des alentours.

Les progrès de l’artillerie au XVe siècle ne sont pas non plus étrangers à ce déclin de Montfaucon, dont la butte castrale située dans une combe devenait plus vulnérable aux bombardes. Enfin les guerres de Cent ans et de Bourgogne, en privilégiant les opérations de siège, ont abouti à reconsidérer l’efficacité de certaines forteresses qui ne répondaient plus aux nouvelles exigences stratégiques.

 

Quand le château a-t-il cessé d'être opérationnel ? La réponse n'est pas facile, tant à cause des légendes alimentées par la rareté des documents que par ses fonctions multiples, qui n'ont pas toutes cessé en même temps. Traumatisée par la sanglante guerre que Louis XI a menée dans le comté de Bourgogne après la mort du duc-comte Charles le Téméraire (†1477), l'historiographie comtoise a attribué au roi de France la destruction de la plupart des châteaux forts de la région. Si cette tradition entend par là signifier qu'est alors révolu l'âge d'or des châteaux au plan stratégique et politique, elle est acceptable ; mais le mot destruction ne correspond pas toujours à la réalité, puisqu'un un certain nombre de châteaux ont survécu à la férocité de « l'universelle araigne ». Qu'en est-il de Montfaucon ?

 

résumons les données contradictoires :

 

• D'un côté l'occupation du château et sa prétendue destruction par les troupes françaises en août 1479, selon la tradition historiographique ;

• de l'autre, plusieurs faits attestant que ce même château n'est ni détruit (du moins pas en totalité) ni abandonné par la suite :

• la présence continue d'un châtelain durant le XVIe siècle : dès le 8 juillet 1490 est cité Guillaume Perrenot « chastelain, juge et gouverneur de la justice et chastellenie de Montfaucon ».

• Plus troublant cet inventaire des biens trouvés au château en 1499 et énumérant vaisselle, couvertures, tonneaux de vin, etc. (voir en fin de chapitre).

• Un autre inventaire est dressé en 1531, qui concerne cette fois-ci les meubles et l'artillerie :

 « Un registre couvert de parchemin contenant au commencement un inventaire de l'artillerie et autres meubles retrouvées au chasteau, maison forte et seigneurie de Montfaucon, le 12 août 1531, à l'instance de Philiberte de Luxembourg, usufruitière des biens délaissés par le prince d'Orange, son fils, au nom de René de Chalon, comte de Nassau et prince d'Orange [1]».

• En octobre 1552, à la suite d'un incendie qui a détruit toute l'église du bourg, les paroissiens obtiennent de l'archevêque de Besançon l'autorisation de faire célébrer les offices dans la chapelle du château, qui est donc encore en état de servir au culte :

    « Incolis ejus loci de Montefalconis licentiam fecisse legitur archiepiscopi vicarius ut eorum parochus in castro celebrare posset p-opter incendium 22 octobris 1552 : aux habitants du lieu de Montfaucon, le vicaire de l'archevêque a octroyé par écrit l'autorisation pour leur vicaire ou curé de pouvoir célébrer dans [la chapelle du] château à cause de l'incendie du 25 octobre 1552 [1]».

• Enfin, le schéma cartographique de la banlieue de Besançon, à peu près contemporain de l'incendie de l'église paroissiale, représente un château de Montfaucon en bon état.

 

Comment concilier ces indices d'occupation au moins partielle avec la destruction par Louis XI ? Nous proposons une interprétation provisoire que des recherches ultérieures pourront confirmer ou infirmer : en 1479, les troupes françaises n'ont sans doute pas détruit entièrement le château, mais seulement procédé à son démantèlement, à sa démilitarisation en faisant brûler ou sauter les points névralgiques (porterie haute, une partie des tours ou du donjon), et en enlevant son artillerie ; des bâtiments civils auraient subsisté (caves, magasins, chapelle), tandis que d'autres auraient été relevés dans les années suivantes (l'entrée par exemple), ce qui assurait la survie de la forteresse.

Cependant le château n'était pas sauvé, car le contexte général et l'évolution de la stratégie sonnaient le chant du cygne pour beaucoup de forteresses mal situées, trop éloignées ou inadaptées aux progrès de l'artillerie. Montfaucon fît partie du nombre ; malgré les efforts des princes d'Orange pour le conserver, il perdit progressivement son rôle militaire et sa garnison pour n'être plus qu'un centre de gestion seigneurial, comme nous le verrons plus loin. N'étant même pas résidence seigneuriale, il ne pouvait que végéter dans des fonctions purement administratives que les monarchies espagnole et française n'ont cessé de restreindre. Aussi les documents ne font-ils plus référence au château lui-même, sinon pour en signaler la ruine, et les séances de justice se tiennent alors fréquemment à La Malate, dans la maison dite de l'Arc, probablement dans la maison qui garde encore les traces des armoiries des Chalon-Arlay [1]. Ce déclin du château entraîna celui du bourg.

 



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