Le sauvegarde des vestiges

A propos des vestiges du bourg et du château

 

Ce que nous voyons aujourd'hui correspond à la situation de la fin du XIXe siècle, après que les habitants ont tous quitté les lieux et que le bourg s'est transformé progressivement en ruines, soumises à l'érosion naturelle ainsi qu'aux dégradations des hommes, qui sont venus y chercher des pierres de construction. Les travaux de restauration entrepris depuis une quinzaine d'années n'ont pas la prétention de restituer l'ancienne physionomie du village et du château, ni même de sonder tous les sols pour mettre au jour les vestiges, mais seulement de consolider ceux qui existent encore pour transmettre ce patrimoine aux générations futures.

 

Le paysage actuel ne correspond plus à celui du Moyen Age, car la végétation arbustive a envahi toutes les pentes et même le fond du vallon, alors que jusqu’à la fin du IXe siècle les pâturages tapissaient la combe et que les vignes couvraient tous les versants. Il suffit de se reporter au cadastre dit napoléonien, dressé en 1834, pour se rendre compte de cette évolution paysagère. Les bois n’occupent que le pied abrupt de la falaise (Bois de la Roche) et le secteur de la Roche d’Arbois présentant lui aussi une très forte déclivité. Partout ailleurs, des prés, des champs et des vignes, celles‑ci se distinguant par le maillage très fin du parcellaire. Cette situation perdure encore au début du XXe siècle, quand le bisontin Henri-Eugène Savoie achète à la commune de Montfaucon le site du château : la carte dressée lors de cette transaction montre que toutes les petites parcelles du versant occidental portent des toponymes se référant à la vigne, alors que celles de dimensions plus grandes sont des prés ou des champs.

 

 

La sauvegarde des vestiges

 

Longtemps les ruines des châteaux n’ont pas intéressé l'opinion publique, qui se contentait d'enregistrer leur dégradation progressive, ou bien laissait la population locale les exploiter comme carrières, en venant y chercher les plus belles pierres.

 

L'archéologie officielle elle-même, davantage tournée vers la préhistoire et les périodes antiques, n'accordait qu'une attention restreinte aux vestiges des châteaux forts que banalisait leur abondance sur le territoire national :

Aux ruines, on préférait les paysages, comme le suggère l'inscription des lieux en 1934 à l'inventaire national des sites. Quelques rares visiteurs se hasardaient à braver broussailles et maquis épineux pour entrevoir les vestiges du château et du bourg.

 

Après 1960 s'opère dans l'opinion publique un très progressif changement de mentalité et de comportement vis à vis des vestiges médiévaux, à l'initiative des universitaires et de bénévoles qui entreprennent des sauvetages de sites castraux. L'archéologie médiévale, en particulier celle des châteaux, acquiert alors son autonomie, définit ses propres méthodes et ne tarde pas à toucher la Franche-Comté qui manifeste à son tour un intérêt croissant pour son très riche patrimoine médiéval. Ici et là s'ouvrent des opérations de sauvegarde, telles à Joux, Belvoir, Rougemont-le-Château, Présilly, Réaumont, Montferrand, Scey-en-Varais ; les inscriptions de vestiges à l'inventaire supplémentaire des Monuments historiques se font plus fréquentes, les ruines elles-mêmes de Montfaucon le sont en 1976.

Le village de Montfaucon est à son tour touché par cette fièvre castrale qui incite la municipalité à acquérir en 1984 les terrains vendus en 1904-1907 ; depuis 1971 existait une Association pour la défense du site de Montfaucon, à l'origine tournée vers les problèmes d'urbanisme et d'écologie, puis ouverte progressivement à la sauvegarde du patrimoine local sous ses multiples aspects ; aussi a-t-elle servi de cadre pour sensibiliser la population à la richesse patrimoniale de Montfaucon et pour lancer en 1984 le premier chantier de sauvetage archéologique.

 

L'urgence s'imposait, car érosion, végétation et exploitation des hommes s'étaient liguées pour venir à bout de ces ruines féodales : de l'épais manteau de taillis qui recouvrait les lieux n'émergeaient plus que deux pans de murs, vestiges de deux tours (donjon et tour d'entrée), tandis que les déblais dissimulaient partout les infrastructures et que chaque année les intempéries réduisaient les vestiges en dérochant les assises de pierre. La plupart des curieux qui s'aventuraient sur le site ne parvenaient pas à en saisir l'organisation : l'ancien village, le bourg, ne laissait voir que deux caves aux voûtes effondrées ; seules deux baies cintrées signalaient aux plus avertis la présence d'une église entièrement comblée de déblais, tandis que les taillis qui coiffaient la butte castrale et les lierres montés à l'assaut de l'enceinte cachaient habilement l'ampleur des dégradations.

 

Depuis cette date (1984) les activités sur le site du château n'ont pas cessé, elles mobilisent une dizaine de bénévoles deux samedis matin par mois durant la belle saison, pour le débroussaillage, l'entretien des lieux, les dégagements superficiels, etc. Mais c'est en juin et en septembre, durant deux semaines entières que s'effectuent les tâches essentielles qui associent bénévoles (une trentaine), archéologues et une entreprise chargée du gros œuvre, en particulier des travaux de maçonnerie nécessitant échafaudage et matériel professionnel

 

Ainsi s'est réalisé progressivement et se réalise encore un travail méticuleux et suivi qui, année après année, a d'abord permis de sauver les parties les plus menacées de disparition (poterne, tour castrale d'entrée), avant de programmer une sauvegarde et une mise en valeur de l'ensemble du site ; seule une fraction de l'ancien village (le bourg), déserté par ses habitants depuis le milieu du XIXe siècle, échappe encore à ces investigations, malgré leur grand intérêt archéologique, parce que les parcelles de terre appartenaient ou appartiennent encore à des propriétaires privés. Les travaux recouvrent donc la totalité du site castral proprement dit et la partie occidentale du bourg avec sa porterie, l'église, la cure, le cimetière et les esplanades.

 

Après le dégagement du chemin d'accès et le débroussaillage des esplanades qui ont retrouvé leur verdure originelle, a été restaurée la porterie du bourg, transformée en cellier à l'époque moderne ; puis l'évacuation des déblais a redonné à l'église paroissiale son apparence d'édifice religieux tandis que le bâtiment voisin dévoilait ses structures de ferme-presbytère avec ses caves voûtées, sa grange, son écurie et ses pièces d'habitation. Mentionné dans les documents comme attenant à la cure, le four se dissimulait totalement sous une épaisse couche de déblais qui, évacués, ont mis au jour le foyer, la chambre à pain et la remise à bois. Pour que ce premier ensemble reprenne sa physionomie d'antan, il a fallu attendre la longue et fastidieuse réfection des murs de soutènement qui épaulaient les diverses terrasses, autrefois occupées par le cimetière, des jardins ou des vergers.

 

Grâce à tous ces travaux de longue haleine, ces lieux se découvrent à présent une nouvelle vocation : une aire d'accueil pour des promenades familiales ou pour des manifestations collectives de plein air, allant du spectacle à la joute cavalière, en passant par la messe paroissiale célébrée dans l'église primitive lors des journées nationales du patrimoine

Le sauvetage des alentours du bourg a rendu possible le passage à une autre étape, aussi primordiale que délicate : la mise en valeur du château proprement dit dont les vestiges symbolisent le riche patrimoine historique de Montfaucon. Construit au sommet d'une butte calcaire de structure hétérogène et faillée, celui-ci nécessitait au préalable de périlleuses mais indispensables interventions : délierrage des flancs rocheux, dessouchage de la partie sommitale (environ 150 m de long sur 20 de large), et surtout renforcement des parois là où le poudingue se délitait, par la construction de deux voûtes de pierre.

 

Il convenait ensuite de s'attaquer au mur de rempart ceinturant tout le pourtour de la butte, mais en partie ébréché, voire effondré : sa structure imposante (parements avec blocage interne), son épaisseur (jusqu'à 3 mètres), sa situation perchée (une quinzaine de mètres au-dessus des esplanades), sa longueur (périmètre de la butte) constituaient autant d'obstacles que seule une entreprise spécialisée pouvait surmonter. Fut alors établi un ambitieux programme échelonné sur une quinzaine d'années et devant assurer, tranche après tranche, la restauration totale de l'enceinte : pari partiellement tenu puisqu'à l'heure actuelle les trois quarts du rempart sont consolidés, jusqu'à la grotte qui se trouve sur son flanc septentrional.

 

Un tel programme étalé sur le long terme n'a pu se réaliser que grâce à la compréhension éclairée des autorités de tutelle et aux concours financiers dont a bénéficié l'association : l'Etat, par l'intermédiaire de la Direction régionale des affaires culturelles, la Région de Franche-Comté, le Conseil général du Doubs et la Municipalité de Montfaucon ; sans leur aide régulière, les bénévoles auraient dû limiter leurs efforts à un toilettage du site, sans pouvoir interrompre le cycle inéluctable de l'érosion.

 

Une fois parois et murs d'enceinte consolidés, la butte castrale s'ouvrait à la prospection archéologique, qui doit suppléer au manque de descriptions et de plans d'archives, et qui permettra de découvrir l'ossature et la physionomie du château proprement dit, dissimulés sous plusieurs mètres de déblais. Cette tâche à la fois délicate, difficile (aucun engin ne peut accéder au sommet de la butte), mais essentielle se poursuit depuis bientôt une douzaine d'années, sous la conduite des archéologues. Peu à peu se dévoilent des infrastructures jusque-là insoupçonnées, peu à peu s'esquisse une répartition des bâtiments, peu à peu s'élabore une compréhension de l'ensemble du site castral, dont le véritable fonctionnement n'apparaîtra clairement que lorsque la prospection commencée au niveau de la tourelle précédant la porterie atteindra le donjon lui-même.

 

Une fois parois et murs d'enceinte consolidés, la butte castrale s'ouvrait à la prospection archéologique, qui doit suppléer au manque de descriptions et de plans d'archives, et qui permettra de découvrir l'ossature et la physionomie du château proprement dit, dissimulés sous plusieurs mètres de déblais. Cette tâche à la fois délicate, difficile (aucun engin ne peut accéder au sommet de la butte), mais essentielle se poursuit depuis bientôt une dizaine d'années, sous la conduite des archéologues. Peu à peu se dévoilent des infrastructures jusque-là insoupçonnées, peu à peu s'esquisse une répartition des bâtiments, peu à peu s'élabore une compréhension de l'ensemble du site castral, dont le véritable fonctionnement n'apparaîtra clairement que lorsque la prospection commencée au niveau de la tourelle précédant la porterie atteindra le donjon lui-même.

 

Les objectifs ne se limitent pas toutefois à la seule sauvegarde des vestiges, si importante et si coûteuse soit-elle, puisqu’ils prennent en compte deux autres préoccupations aussi fondamentales : la sécurité et la lisibilité. Sécurité matérielle pour les visiteurs et les groupes d’animation qui peuvent organiser sur place des spectacles de toute nature, sans craindre éboulements ou autres incidents fâcheux ; lisibilité, c’est-à-dire une mise en valeur des vestiges par une restauration qui les rende le plus compréhensibles possible, en l’absence de guide, au besoin avec des panneaux explicatifs.

 

Cette trop laconique énumération des objectifs et des actions sur le terrain ne doit pas occulter ou minimiser la spécificité de l’opération montfalconaise qui repose essentiellement sur une équipe de bénévoles, pour beaucoup des seniors, qui ont su créer une ambiance chaleureuse et amicale, et qui ont entrepris de consolider ces vestiges du passé pour les transmettre aux générations futures, grâce au soutien et à l'étroite collaboration des autorités de tutelle.

 

 

 

Entrée du bourg

 

Enceinte EST

La poterne

 

 

L'entrée du château

 

 

 



Les réactions

Avatar Gwendoline MYRAN

Bel exemple de sauvetage réussi
J'espère que nous réussirons à en faire autant, c'est le projet que s'est fixé notre asso pour le château de la grange à villeconin.

Le 10-08-2014 à 21:44:46

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