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Château : la porterie castrale
La porterie du Château
Il y a moins de vingt ans, les vestiges du château, à part le donjon et la tour d'entrée, étaient enfouis sous un épais manteau de gravats de démolition et d'érosion qui dissimulait toutes les infrastructures pouvant subsister. Cette photographie de 1989 montre par exemple que l’accès se faisait en gravissant un talus de terre qui dissimulait totalement le mur d’enceinte, l’avant tour, la porterie elle-même, soit 2 à 3 mètres de déblais.
L’accès à la porterie castrale en 1989
Pour parvenir au château lui-même, le visiteur reviendra sur ses pas jusqu’à l’entrée de la butte, et empruntera la rampe d'escalier récemment construite pour assurer l'accès et la sécurité des lieux. Mais qu'en était-il au Moyen Âge ? Existait-il un pont-levis que justifieraient la demi-tourelle au flanc de l’escalier et l’excavation qui la surplombe ou une simple passerelle en bois ? Pouvait-on monter au château à cheval, ou à pied seulement ? Comment transportait-on le matériel et le ravitaillement ?
" Cette vue de l'entrée du château montre les conglomérats au cœur du pli. Ceux-ci reposent en discordance stratigraphique sur les calcaires kimméridgiens peu pentés, à droite, et redressés à gauche, comme sous les arcades. Cette structure synclinale résulte du redressement des couches calcaires et de leur déplacement vers la droite, sous la poussée due au chevauchement du pli anticlinal adjacent de Montfaucon "
(Chauve, P. Rolin, Jura bisontin. Reliefs, paysages et roches, Museum de Besançon, 2016, p. 63).
Nous n’avons trouvé jusqu’à présent que deux documents faisant référence à un pont : un compte de la seigneurie de Montfaucon de 1433 mentionne laconiquement un charpentier requis pour faire un pont-levis (« ung pont levier ou chastel ») , sans en préciser la nature ni le lieu ; le 12 novembre 1463, Charles de Neufchâtel, archevêque de Besançon, ayant demandé à son représentant, Jean d’Aigremont, de prendre possession du château, voici le compte rendu qui en est dressé : Jean d’Aigremont entra aussitôt au bourg de Montfalcon et, passant par-dessus le pont jusques à la porte du château et forteresse de ce lieu, il trouva nobles et honorables hommes Huguenin de Bouclans, écuyer, capitaine et garde de la place de Montfalcon, maître Hugues de Vuillafans, bachelier en lois, juge et gouverneur de la justice de Montfalcon … ». Malheureusement les relevés archéologiques n'ont pas encore pu confirmer l’existence de ce pont, ni en découvrir la structure, à cause des transformations successives du site.
Les archives ne conservant ni plan ni descriptif, c'est le dégagement progressif et méthodique de la plateforme (selon les exigences archéologiques, sans aucun recours aux engins mécaniques), qui a fait apparaître diverses infrastructures (essentiellement des murs), avec l'émergence graduelle d'un ensemble d'espaces, parfois difficiles à identifier. Dans ces conditions, comment se présente l’accès au château ?
L’entrée du château montre d'emblée la complexité des structures subsistantes. Elle permet d’abord d’entrevoir l’originalité géologique du site, « le pli de Montfaucon » sur lequel est construit le château. A gauche, en bleu, se dressent, presque à la verticale, les strates de la retombée de l’anticlinal, sur lesquelles repose l’enceinte septentrionale du château ; au centre, toujours en bleu, d’autres strates disposées cette fois-ci en berceau correspondent au synclinal qui supporte la butte castrale. Cette étrange juxtaposition résulte de mouvements tectoniques qui ont affecté ces couches géologiques et qui ont engendré de nombreuses cassures ou failles, visibles sur le plan.
- C’est sur cette cuvette que devait se trouver l’accès : en effet, à droite et au bas des escaliers, se voit une demi-tourelle accolée au rocher, dont la fonction reste encore indéterminée : servait-elle de support à un éventuel pont-levis dont le mécanisme s'encastrait dans l'excavation creusée dans la paroi rocheuse ?
- De part et d’autre, se distinguent les murs d’enceinte, celui de gauche ne gardant plus que son blocage, alors que celui de droite a été entièrement restauré.
- A droite de la rampe d'accès, le petit ensemble baptisé « « avant tour » ou tour annexe pose une énigme : séparé de la porterie par un escalier débouchant sur un chemin de ronde, un épais mur de rempart percé d'une fenêtre (ou archère ?) sert d'appui à un petit espace délimité par des murs plus récents : de quand date cet élément ? Quelle fonction remplissait-il ? Protégeait-il l'éventuel pont-levis ? L’ouverture triangulaire pratiquée dans le mur de rempart jouait-elle le rôle d’archère ? A côté d’elle est creusée une petite niche. Des murs calcinés dans l'angle nord-ouest et la présence de charbon de bois dans le sol font penser à une forge, signalée dans un inventaire de 1499, au moment où le château avait perdu son rôle stratégique : « Item en la forge une petite enclume, une cournue, deux tenailles, deux gros martel, ung martel à clouher, une trequoise, ung martels, une clouhere affaire cloz, une paire de folz [faux] ensanble la cenure (??), une malle, deux poinçons de fert à perciez fert à chevalx ».
- Quant à la porterie elle-même, encastrée entre l'enceinte et la tour d'entrée, elle ne pose pas moins de problèmes qu'une analyse archéologique permet de résoudre partiellement. A sa base, la marche, constituée de gros appareils, ne porte pas de traces apparentes de passage des voitures, qui n’avaient donc pas accès au château.
La porterie castrale
Le côté droit montre une strie verticale pour le fonctionnement d'une herse (grille en fer qu’on abaissait en cas de danger) et un pied droit auquel s'appuyait la porte avec, à mi-hauteur, un trou pour faire glisser une poutre de verrouillage, le tout constitué de gros appareils ; puis, au sommet, une assise de pierres plates inclinées (des claveaux très réguliers) amorçant le démarrage de la voûte qui couvrait la porterie et qui supportait à l'étage une pièce permettant de manœuvrer la herse.
Ainsi avons-nous tous les éléments d'une porterie classique, mais qui ne se retrouvent pas de l'autre côté de la porte : pas de rainure, un mur fait de petits appareils, de minuscules claveaux etc., autant de critères d'une reprise moins soignée de l’entrée. Cette reprise est-elle l’indice d'une intervention de Louis XI qui aurait démilitarisé le château en faisant sauter quelques éléments stratégiques, dont la porterie castrale ? Nous avons vu que le mur d'enceinte, à ce même niveau, présentait lui aussi une reprise (appareils moins gros et moins homogènes, État B). Par ailleurs, une autre transformation se lit sur le même flanc intérieur de la porterie, avec le désaxage de la voûte d'arcade : celle-ci réoriente le couloir d'entrée qui dessert l'ensemble du château et qui se prolonge jusqu'au donjon
Aussitôt la porterie franchie apparaissent d'autres modifications, par exemple, à gauche, des escaliers suspendus qui menaient à la salle supérieure de la porterie, puis des murs de renforcement de l'enceinte avec accès au chemin de ronde. A droite, avant d'accéder à la tour d'entrée, se décèlent d'autres ajouts, avec deux murs transversaux juxtaposés :
- l'arc de décharge du premier qui abrite un bassin ressemble à la cuve d'un sarcophage,
- la margelle d'un puits communique avec la citerne creusée dans le flanc occidental de la butte,
- à droite de la porte, une pierre creuse recueillait les eaux de pluie alimentant la citerne.
Le second mur, dans le prolongement de la voûte de la porterie, délimite l'espace d’un logis (la tour d'entrée ou logis 1a) qui a été voûté plus tardivement d'ogives : subsiste le démarrage de deux arcs. Dans l’angle oriental, un petit escalier conduit à la salle haute de la porterie. Adossée au pan de mur de la tour se voit l’amorce d’un manteau de cheminée, avec, au sol, le foyer, recouvert d’une couche de terre protectrice ; enfin, dans l'angle ouest est aménagée une latrine.
Le fait que ces murs transversaux soient postérieurs à l'enceinte incite à penser qu'à l'origine n'existait qu'une très grande pièce intégrant ce que nous croyons être aujourd'hui un jardin d'agrément et une pièce attenante dite 1b (voir les plans du château aux XIIe et XIVe siècle, dans la première partie). Avant de quitter la tour d'entrée, le visiteur admirera le paysage qui s'étale devant lui : la vallée du Doubs bordée par le plateau de Bregille et les collines de Chalezeule avec une perspective sur Palente.

Butte castrale - Fouilles 1999-2011 - Structures générales

Porterie du château

La porterie castrale

La porterie castrale et sa rampe d'accès
